samedi, 09 décembre 2006
La Chine à l'horizon 2020,
La Chine impressionne par la rapidité de sa croissance économique d'autant plus qu'il s'agit d'un pays officiellement communiste. Selon les points de vue, sa montée en puissance est attendue ou redoutée. Les dirigeants chinois ont arrêté leurs objectifs pour 2020. Les atteindront-ils ? C’est le sujet de la première partie du livre, La Chine à l’horizon 2020 selon les Chinois. La Chine est un acteur majeur dans sa région. Ses alliances et rapports de force avec son voisinage (Japon, Asie centrale, du sud-est et du sud, Russie…) constituent la seconde partie du livre, La Chine dans sa région à l’horizon 2020.
La géopolitique mondiale et les grands équilibres économiques dépendent largement de l’avenir de la Chine, tout comme la condition professionnelle et salariale de chaque Européen. En percevoir les grands traits analysés dans cet ouvrage devrait permettre aux chefs d'entreprise, aux responsables politiques et aux citoyens responsables de mieux comprendre, anticiper et réagir correctement à ce qui est devenu un défi inéluctable.
Les auteurs sont membres d’Asie 21 : Anne ANDROUAIS, Jean-Raphaël CHAPONNIERE, Philippe DELALANDE, Pierre GENTELLE, Patrick HEBERT, Michel JAN, Alain LAMBALLE, Rémi PERELMAN, Jean PERRIN, François RAILLON. Ils ont été heureux d'accueillir les contributions de Henri EYRAUD et de ZHANG Lun.
ASIE 21 est un Groupe spécialisé de futuribles INTERNATIONAL, Centre indépendant d'étude et de réflexion prospective. L'expérience de l’Asie, acquise par ses membres dans le cadre de la recherche, de la défense, de la diplomatie ou des affaires, apporte à leurs propos une grande ouverture tandis que la diversité de leurs approches offrent au lecteur la matière d’une réflexion stimulante.
TABLE DES MATIERES
Préface (Hugues de Jouvenel)
Première partie: La Chine à l’horizon 2020 selon les Chinois
Chapitre 1 : L’avenir de la Chine à l’épreuve des défis (Zhang Lu)
Chapitre 2 : La montée en puissance pacifique de la Chine (Michel Jan)
Chapitre 3 : Maintenir le parti unique (Philippe Delalande)
Chapitre 4 : Quadrupler le PNB d’ici 2020 (Jean-Raphaël Chaponnière)
Chapitre 5 : La fierté retrouvée d’être chinois (Pierre Gentelle)
Deuxième partie: La Chine dans sa région à l’horizon 2020
Chapitre 6 : Une intégration régionale, de fait, autour de la Chine (Patrick Hébert)
Chapitre 7 : La Chine et l’ASEAN en 2020 (François Raillon)
Chapitre 8 : La Chine et ses voisins d’Asie centrale à l’horizon 2020 (Jean Perrin)
Chapitre 9 : Les relations économiques entre le Japon et la Chine (Anne Androuais)
Chapitre 10 : Relations entre la Chine et l’Asie du sud en 2020 (Alain Lamball)e
Chapitre 11 : L’Asie orientale se rassemble pour prendre sa place dans le monde (Rémi Perelman)
Conclusion : Quatre questions pour 2020 (Henri Eyraud)
Lire la synthèse du livre
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mercredi, 12 juillet 2006
Europe-Inde 2020
On peut observer d’emblée que l’Inde, appliquant à son tour au monde la règle du 'divide and rule' qui a permis à l’Angleterre de la maîtriser dans son ensemble en traitant séparément avec chaque maharajah, ne souhaite pas une Europe forte, susceptible de s’allier un jour contre elle avec la Chine. Réaliste, elle utilise toute opportunité pour bien vivre avec les Etats-Unis tout en prenant grand soin de ne pas tomber sous sa coupe. Si elle s’intéresse à l’Union européenne, notamment en favorisant le lobbying de ses entreprises à Bruxelles, elle s’intéresse bien davantage aujourd’hui à chacun des principaux pays de l’Union dont elle s’ingénie à tirer le meilleur parti et vivrait donc très bien avec une Europe éclatée, qui lui offre un marché commode, accessible, déjà largement monétairement unifié et dépourvu de règles protectionnistes.
NB. Le World Economic Forum (Davos) a fait élaborer par des experts européens, américains et indiens des scénarios sur les relations entre les grands marchés mondiaux du futur .
L’Inde n’envisage pas de scénario économique alternatif à son objectif décrit par une équipe de prévisionnistes indiens : devenir en 2050 le 3e plus puissant pays du monde après la Chine et les États-Unis. Elle ne se compare pas, en effet, à l’Europe économique, qu’elle considère comme une chimère et qui la reléguerait à un rang inférieur. L’affaire Arcelor-Mittal est symbolique : le « camp indien » a réussi parce qu’il a divisé « l’adversaire » composite, en s’adressant séparément au Luxembourg, où Arcelor a son siège (« vous qui êtes la première place financière européenne, nous déplacerons les avoirs indiens de Londres en cas de succès de l’opération ») et à Paris (jouant ceux qu’intéressent le marché indien – Airbus, PPR…- et ceux qui, groupés sous le vocable de « clan de l’École des mines, n’auraient qu’une médiocre ouverture sur le monde en évolution ; jouant entre banques – BNP pour Arcelor, Société Générale pour Mittal). La presse indienne exulte : « un groupe indien » arrache Arcelor , alors que l’intéressé lui-même avait un temps insisté sur son ancrage européen. Là où l’on ne voit que le triomphe de l’économie libérale (« ce sont les actionnaires qui décident »), il faut surtout voir une marque de l’efficacité politique de l’Inde, notamment par des interventions menées systématiquement depuis plusieurs mois au niveau ministériel. Les sociétés indiennes sont à la fois plus puissantes et plus présentes en Europe que ne le sont leurs homologues chinoises. Le réseau de la diaspora indienne , moins connu que le réseau chinois, est très actif, notamment à Bruxelles.
On note que les diasporas indienne et pakistanaise en Allemagne, importantes, sont de meilleure qualité que celles qui se trouvent en France. Les entreprises indiennes rachètent surtout en Allemagne, notamment de grosses PME. Une Chambre de commerce euro-indienne a vu le jour en 2005.
Si pour les Occidentaux, l’Inde est devenu le seul pays capable de faire contrepoids à la Chine, le marché européen est nécessaire à l’Inde pour rééquilibrer la dépendance, devenue excessive, de son commerce avec les Etats-Unis (75 %). Mais l’attitude de l’Inde –comme de la Chine semble-t-il – est celle d’un empire rendant visite à de petits royaumes.
L’Inde est plus présente en Amérique latine (où elle est reçue comme l’antidote au « prédateur » chinois) et en Afrique que ne l’est la Chine. Par ailleurs, la composante musulmane de l’Inde lui permet une certaine familiarité ave les pays du Moyen-Orient et du Golfe, ce qui est un avantage vis-à-vis des pays africains, qui se tournent de plus en plus vers cette partie du monde. Cependant l’Europe reste plus importante pour l’Inde que l’Afrique. En réalité, si la Chine est plus visible que l’Inde dans le monde, c’est parce qu’elle intervient d’une manière macro-économique et étatique, alors que l’Inde opère selon un mode, plus discret, micro-économique, avec des acteurs privés.
L’Inde est en faveur d’un monde multipolaire au sens américain du terme : un pôle puissant capable d’agglomérer des pays de moindre envergure grâce à des liens d’allégeance.
Aujourd’hui, la Chine, les États-Unis et l’Inde (le monde tripolaire) ont le sentiment que l’on peut influer sur la trajectoire européenne parce qu’il « n’y a plus de pilote dans l’avion ».
On peut néanmoins se poser la question de la solidité du système démocratique indien et par conséquent de la durabilité du « miracle indien ». Si le rattrapage économique de l’Inde met l’Europe à l’aise à l’égard de la Chine, un accident pourrait le remettre en cause, notamment du fait de la double coexistence de deux Indes, la « Shining India » et celle de la paysannerie misérable et celle des hindouistes et des musulmans. Combien de temps cette situation pourrait-elle durer ?
En fait, les risques de rupture sont limités pour l’une et l’autre des deux sociétés hindouistes, car elles sont toutes deux conduites par des responsables de la caste des brahmanes. Quant à l’antagonisme religieux, la cause première des incidents qui opposent les deux communautés tient principalement aux dysfonctionnements du système socio-économique. Par contre, le véritable risque réside dans l’animosité indo-pakistanaise.
En effet, la menace qui plane sur l’ensemble de l’Asie du Sud est celle d’un affrontement entre hindous et musulmans. Regroupés, (Pakistan, Bangladesh et les quelques 150 millions de musulmans de l’Inde) ceux-ci comptent 450 millions d’individus. De plus, du fait de la natalité et des conversions, ce groupe croît plus rapidement que celui des Hindous. Par contre, les tensions internes (maoïstes) ne mettent pas l’Inde en danger. Le gouvernement de Delhi peut les régler à tout moment. Mais, si, par hypothèse, un État tamoul était mis en place au Sri Lanka et parvenait à en susciter un sur la rive indienne, là, il y aurait danger d’éclatement partiel. Mais les circonstances sont loin d’être réunies pour que ce risque survienne.
Jean-Joseph Boillot, Asie 21-Futuribles
21:45 Publié dans Asie du Sud | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : europe, inde, 2020, boillot

