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lundi, 14 mai 2007
Le caoutchouc pousse la Chine au Laos
Une Chine aux besoins croissants en caoutchouc, plante massivement l’hévéa au Laos
Rémi Perelman, Asie21, mai 2007
Après la Birmanie et le Cambodge, le Laos, jusqu’ici principalement sous influence thaïlandaise, serait en train de passer sous domination du « Grand frère » via la substitution de l’hévéa
à la forêt primaire, avec sa faune et sa flore, incendiée avant défrichage ;
aux cultures vivrières (80 % des Laotiens vivent en autosubsistance) ;
et, il est vrai, à celle du pavot, ce qui fournit au gouvernement de Vientiane un argument imparable pour appuyer le mouvement.
Dans la province de Bokéo, les sociétés chinoises, au nombre de 27 ont déjà planté 14 000 ha d’hévéas sur les 200 000 prévus en 2010. Elles fournissent tout ce qui est nécessaire (jeunes pousses, engrais, savoir-faire…), construisent les infrastructures voulues ainsi que les usines de traitement du latex, ouvrent des banques de crédit rural. En échange, elles détiennent 40 à 80 % de la récolte pendant trente ans.
Elles encadrent les paysans en procédant par l’intimidation et la menace à l’encontre des récalcitrants qui ne veulent pas sacrifier à l’hévéa les cultures qui les font vivre. «Si on refuse, le gouvernement local a dit qu'il donnerait notre terre à d'autres planteurs venus d'ailleurs ». En cas de «mauvaise gestion» des plantations, des amendes seront imposées aux agriculteurs, voire l'éviction pure et simple. Les sociétés chinoises ont les mains libres à cet égard, car les contrats ne sont pas passés avec les utilisateurs du sol (trop arriérés pour comprendre ce qu’est l’intérêt national) mais avec les autorités locales, gouverneurs et chefs de village, acquises à la politique de plantation.
En 2006, un millier d'agriculteurs de la province de Champassak ont été expulsés de leurs terres pour avoir refusé de couper leurs arbres fruitiers pour laisser place à l'hévéa. «La monoculture imposée est la marque de ce qu'on peut appeler une forme de colonisation moderne de la part de la Chine. Cela compromet tous nos efforts pour un développement durable et diversifié» déplorent les ONG qui travaillent au Laos.
Source : Libération, 22 mai 2007.
15:15 Publié dans Chine | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : chine, laos, hévéa, caoutchouc, perelman

