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mercredi, 19 avril 2006

La Thaïlande refuse la "singapourisation"

Le 4 avril, après une crise de plus de deux mois, le Premier ministre de Thaïlande, Thaksin Shinawatra, annonçait sa démission. Un premier ministre intérimaire était désigné. L'homme le plus riche de Thaïlande (1,2 MM$ selon Forbes), ancien lieutenant-colonel de police, issu d’une famille sino-thai de Chiang Mai , Thaksin a développé ce qui est devenu le géant des télécommunications thaïlandais, Shin Corp. C’est précisément la vente, le 21 janvier 2006, sans versement de taxes, par la famille de Thaksin, de sa participation (49,6 %) dans Shin Corp pour 1,85 milliards de dollars, qui a mis le feu aux poudres. Cette opération financière est la plus importante de toute l'histoire de la Thaïlande. Les réactions, très vives, ont été provoquées à la fois par l'irrégularité présumée de la vente et par la crainte d'une mainmise étrangère sur un bien national.
Le bénéficiaire est en effet Temasek Holdings, l'agence d'investissement de la Cité-État de Singapour . La vente à l’étranger de l'"actif national" que constitue cette société de télécommunication omniprésente dans le pays a scandalisé l’opinion publique, car des longueurs d'onde, des fréquences radio, des droits satellitaires et des droits de concession publique attachés aux médias concernés lui sont attachés. De plus, les unions de consommateurs craignent que le régime de liberté d'expression conquis par les Thaïlandais risque d'être amoindri par le passage des médias contrôlés jusqu'à présent par Shin Corp dans le giron d'une société de droit singapourien. L’Ile-État, second investisseur après le Japon est ultra-présente dans les services, l'immobilier, la production manufacturière la banque, les télécommunications, considérées comme une activité stratégique. Les cercles informés de Bangkok ressentent avec une acuité grandissante cette présence envahissante et reprochent à Thaksin d’avoir engagé sans consultation suffisante un accord de libre-échange avec les Etats-Unis qu’ils considèrent comme désavantageux : il est devenu le bradeur avéré de leur pays et a perdu le mandat populaire.
Il faudra sans doute attendre que soient passées, en juin 2006, les festivités prévues pour célébrer le 60e anniversaire de la montée sur le trône du roi Bhumibol pour que la situation s’éclaircisse.

Texte d'analyse complet ici

Rémi Perelman, Asie 21